10 jours en jaune, j’ai porté le Cameroun sur mes épaules.

Michel Boris Tientcheu. De mécanicien de vélos à Maillot jaune d’un grand tour, il n’y avait qu’une volonté, celle de marquer l’histoire.

Entrer dans l’histoire, en passant par des études ou une de ses passions, c’était le rêve nourrit par un jeune garçon, dernier d’une fratrie de six. Né en 1992 à Douala d’une famille modeste: “Papa était un employé à Chococam, aujourd’hui retraité. Maman a toujours été une ménagère. Nous habitons le quartier Beedi, non loin de l’hôpital général de Douala” dans le 5eme arrondissement de la capitale économique (Ndlr). Le jeune élève est reçu au concours du lycée technique de Bassa, où il doit aller tous les matins à vélo à l’école. Après trois ans de froid et climatisation, il doit migrer pour le collège CEFTI, plus loin, à Bonamoussadi. Son vélo dame “Zéphyr” devient alors un excellent compagnon avec qui il fait tout: “Dans une course de vélos Inter-ecoles, j’ai fait 9eme, bien devant de nombreux concurrents qui avaient des vélos plus sophistiqués”.
Après son CAP en froid et climatisation, trois ans plus tard, le probatoire se dresse devant lui comme un col infranchissable. Il devient mécano-cycliste, dans l’écurie de son formateur : “Je m’entraîne tous les jours, dans l’écurie Cyclo vélo club de Douala, appartenant à Ernest Tekou, mon patron chez qui j’apprends aussi à dépanner des vélos”.
Recruté par SNH Vélo Club en 2018, Michel Boris Tientcheu s’installe à Yaoundé, où il ouvre son petit garage de vélos à Tsinga Village : “Quand je suis en compétition, il y a un de mes petits que je forme, qui assure la relève au garage”. Les courses internationales se multiplient, les absences aussi. Le cycliste professionnel dorénavant, alterne  entraînements et compétitions. Un cycle régulier très fatiguant qui lui impose des absences au garage, ce qui lui permet de développer une autre activité à la maison : J’ai appris à élever les chiens de races, que je propose à des clients qui passent des commandes spéciales

Si le cycliste ne nous a pas donné les vraies raisons de son limogeage de SNH Vélo Club, il nourrit tout de même, l’envie de montrer qu’il est capable de grands résultats sur le vélo. Alors que tout le peloton de la 21eme édition du Tour Cycliste International du Cameroun a des yeux rivés sur Clovis Kamzong Abossolo, Boris Tientcheu sort de nulle part et traverse en solitaire la ligne d’arrivée de la première étape. Cinquante et huit secondes précieuses, que 57 coureurs ont passé dix jours à combler, profitant d’une chute à la 9eme étape, pour lui arracher son maillot jaune : “J’ai pourtant bien esquivé la petite chute devant moi, mais ma roue arrière a frôlé un des accidentés et je suis tombé presque dans un ravin, et cela m’a pris beaucoup de temps pour me remettre. Mais j’avoue que porter tout le Cameroun sur ses épaules pendant 10 jours, ce n’est pas aisé”, nous a confié le cycliste de 33 ans.

Michel Boris Tientcheu, saluant le public de Douala lors du critérium

 

Dix jours en jaune, et une vie qui a totalement changé: “Il est vrai que je suis encore au repos après le Tour, mais j’ai beaucoup de personnes qui me sollicitent, qui m’appellent pour que je vienne moi-même regarder leurs vélos. Chaque jour, je reçois des vidéos de moi, captées ici et là par des fans, à la télévision ou dans les réseaux sociaux. Je ne suis plus le même homme qu’avant le Tour”. Le jeune Papa de deux petits garçons (3 ans et 1 an), rêve de donner encore plus de bonheur à ses fans, sur les routes du Cameroun ou dans des courses à l’étranger.

David Eyengue