Raphael Mberlina Ngaguele. A seulement 20 ans et en classe de terminale, il bat le record du Cameroun des 200 mètres et rêve déjà d’un podium olympique à Tokyo

 

Jusqu’à ses 17 ans, Raphael Mberlina Ngaguele était encore un petit footballeur anonyme dans une équipe de quatrième division à Yaoundé, la capitale du Cameroun : « Comme tous les enfants du Cameroun, je jouais au football, au poste de latéral droit dans Djamboula FC. Mais j’allais déjà très vite ». Volontaire, le jeune homme doit accompagner sa grande sœur à une séance de sport pour la forme : « J’allais accompagner ma grande sœur à l’entrainement. Je devais l’aider à faire des étirements au Mateco, quand je tombe sur une série de courses d’un entraineur qui lamine ses athlètes sur 200 mètres à tour de rôle. Je lui ai demandé si je pouvais lui faire un défi, ce qu’il a accepté. Lors de la course, j’ai gagné et plusieurs entraineurs d’athlétisme m’ont donné leurs numéros. Avant ce soir-là, je n’avais jamais fait l’athlétisme. Quand je suis rentré à la maison, j’ai demandé au seigneur de m’aider à trouver celui avec qui je devrais travailler, et le lendemain, j’ai appelé le coach Tchamake Ngape avec qui je suis aujourd’hui ».

Ngaguele est un talent, c’est sûr, mais il faut beaucoup de discipline, d’assiduité et de tests à effectuer avant de le lancer dans le grand bain : « Quand je suis arrivé, le coach m’a fait faire différents tests et je me suis démarqué plus sur les courses de courtes distances. Il m’a imposé certaines performances si je voulais faire les sprints. Cela a été facile, car j’avais déjà des aptitudes en courses de vitesses. A ma première compétition officielle, je fais 11’02’’ au 100 mètres, et 22’83’’ au 200 mètres. C’était en 2018 à Bafoussam ». Avec son démarrage à la Ben Johnson et son profil de sosie de la star Canadienne, Ngaguele a fait plus que bousculer les lignes en trois ans.

L’élève de la classe de terminale A4 espagnole au lycée de Ngoa Ekelle (2021) doit joindre les deux bouts, l’école et les courses de vitesses au quotidien pendant tout ce temps : « Pour garder le cap et ne pas faillir du côté école et celui du sport, il faut choisir entre l’utile et l’agréable. C’est vrai que l’athlétisme demande beaucoup de sacrifices : il ne faut pas faire ci, il ne faut pas faire ça, il faut se focaliser sur ce que l’on veut et il faut se donner les moyens de ses ambitions ».  Dix heures d’entraînements hebdomadaires, reparties en cinq jours avec deux jours de repos, le vendredi et le dimanche. Un rythme de travail incroyable qui  a fait  que cette montagne de muscles (1,83 m pour 85 kilogrammes) casse les barrières d’un record national du 200 mètres le 7 mars 2021 à l’occasion du premier meeting interclubs de la saison : « Quand on a lu ma performance et qu’on m’a dit que je venais de battre le record du Cameroun de 200 mètres, je ne savais pas comment manifester ma joie. Je me suis mis à pleurer. Je suis très fier d’être devenu celui qui peut conseiller de nombreux jeunes sportifs, que rien n’est impossible dans la vie ».

Qualifié pour les jeux olympiques de Tokyo

A seulement 20 ans (né le 10 janvier 2001), Raphael Mberlina Ngaguele entre doublement dans l’histoire, en étant le plus jeune Camerounais détenteur d’un record en athlétisme, et aussi un des rares athlètes dans le cercle fermé de ceux qui ont réussi à réaliser les minimas olympiques sur place au Cameroun. Alors que Joseph Batandon et Emmanuel Esseme planaient avec une performance de 20’31’’ (20 secondes 31 centièmes), le   natif de Yagoua dans l’extrême-Nord du Cameroun a ramené le record du demi-tour de piste à 20’09’’. Vingt-deux centièmes dans le vent, et déjà des ambitions d’attirer les jeunes Camerounais : « J’aimerais marquer le monde avec le talent que Dieu a mis en moi, et pouvoir entrainer les autres jeunes Camerounais avec moi ». Si son entraîneur Tchamake Ngape Younou rêve de podium olympique à Tokyo, le jeune recordman du 200 mètres a encore plusieurs occasions de briller avant les JO : le Grand Prix de Kadouna au Nigeria, les championnats d’Afrique d’Oran en Algérie cette année.

David Eyenguè