Dans une interview accordée à RSI (Radio Sport Infos), une radio émettant de Douala au Cameroun, le Dr YAO ALLAH KOUAME explique comment et pourquoi l’Union Cycliste Internationale (UCI), en offrant l’occasion à l’Afrique d’accueillir les championnats du monde du cyclisme au Rwanda en 2025, aura contribué à l’éclosion de la discipline dans le continent. Le Président de la Confédération Africaine de Cyclisme annonce le grand bond de l’Afrique dans les quatre prochaines années.

   L’Afrique s’apprête à accueillir le Monde du cyclisme. Du 21 au 28 septembre 2025, Kigali sera la capitale mondiale du cyclisme où vont se dérouler les championnats du monde. Un des gros défis du Dr Yao Allah Kouame, le tout nouveau Président de la Confédération Africaine de Cyclisme qui nous a accordé une interview exclusive.

Pas une seule seconde de répit depuis votre élection en février dernier. Où se trouve le Dr Yao Allah Kouame après le tour du Bénin ?

Après le Grand Prix de Cotonou, la classique qui est venue en clôture de la fête du cyclisme au Bénin, juste le temps d’un tour à Abidjan, et il faut repartir au Caire où se dérouleront les championnats africains dames sur piste et para-piste ( du 11 au 16 mai 2025, Ndlr). Ces championnats ont même déjà commencé par un camp de formation des athlètes. Nous avons également une réunion du Comité de Direction de la Confédération Africaine de Cyclisme ( CAC). Autant de choses  qui m’obligent d’être ici. Le voyage a été un peu long, mais ça va !

 

On a toujours dit que l’Afrique est le Berceau de l’humanité. Vous confirmez?

Oui. Quand vous vous rendez dans un pays comme l’Égypte, vous pouvez être fier de l’Afrique et dire qu’elle est le berceau de l’humanité. Il h à ici un musée des civilisations ici au Caire. Une année où je me suis rendu à Alexandrie, c’est là bas que j’ai appris que la première imprimerie au monde a été construite à Alexandrie. Ce sont des choses qui montrent qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons apprendre au monde entier.

Depuis 1927, les championnats du monde de cyclisme sur route se sont déroulés dans tous les continents, sauf en Afrique. Comment l’expliquer ?

À l’époque, il y avait pas peut-être la volonté politique de nos hommes d’États pour accueillir les championnats du monde. Parce-que accueillir un championnat du monde de cyclisme nécessite de gros moyens, et ce n’est pas ça la vision de nos responsables politiques. Quand c’est pour le football et d’autres sports collectifs, ça paraît évident. Quand il s’agit de parler de cyclisme, ce nest pas le cas en Afrique, et c’est ce qui nous a mis en retard. Et puis, il y a aussi qu’à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’athlètes africains qui performaient. Toutes ces choses-là mises de bout en bout, qui ont fait que l’Afrique a été négligée et Dieu merci, depuis un certain temps, depuis l’arrivée à la tête de l’Union Cycliste Internationale (UCI) d’abord de Monsieur Brian Cookson et puis de Monsieur David Lappartient, l’image de l’Afrique a beaucoup changé. La façon de voir l’Afrique a beaucoup changé. C’est ce qui nous a permis d’avoir deux pays africains comme candidats à l’Organisation des championnats du monde. Le Maroc et le Rwanda ont postulé, et le choix s’est porté de façon définitive sur le Rwanda. Et c’est ainsi qu’au mois de septembre 2025, le monde entier sera réuni au Rwanda pour célébrer le cyclisme.

 Au-delà de ces championnats du monde, il y a du boulot à la CAC pour les quatre prochaines années. Le chantier va-t-il progresser ?

C’est notre ambition que les choses changent en Afrique en ce qui concerne le cyclisme. Nous allons faire en sorte que les 54 pays du continent puissent se voir développer le cyclisme, pour que nous ayons de très grands champions d’ici quelques années. C’est une ambition que je partage avec l’ensemble des membres du Comité Directeur, et croyez-moi, on ne lésinera sur aucun moyen qui va nous permettre de faire avancer le cyclisme en Afrique.

Le 16 février 2025, vous êtes élu à la tête de la CAC. Dans quelques jours, nous serons déjà aux 100 premiers jours de votre Comité. Quel est l’etat des lieux ?

Si vous avez suivi l’actualité, le 16 février nous avons été élus, et le 18 février, j’étais déjà avec le président de l’Union Cycliste Internationale (UCI) à Kigali pour rencontrer le Président Paul Kagame pour discuter de l’Organisation des championnats du monde, de savoir comment les choses avancent. On a également lancé le Tour du Rwanda, et troisième élément, je me suis rendu au siège de l’UCI en compagnie de Mme le Secrétaire Général de la CAC qui est une de vos compatriotes Camerounaise (  Dr. Vedvin Jaika, Ndlr). Nous y sommes allés pour présenter notre projet, comment nous souhaitons que le cyclisme progresse en Afrique durant ces quatre prochaines années. Et là dessus, il y a quand même deux résultats tangibles que nous avons obtenu de façon immédiate: l’inscription de la course féminine qui va se dérouler en Namibie fin juillet début août (2025). Une course féminine destinée uniquement aux femmes, l’inscription de cette course là au calendrier de l’UCI.

 Pourquoi se battre pour inscrire les courses dans le calendrier du l’UCI ?

Eh bien, quand vous avez votre compétition inscrite à ce calendrier là, les athlètes qui viennent participer à la compétition pour ceux qui se comportent le mieux, peuvent gagner des points qui vont leur permettre d’être classés dans le ranking mondial. Et donc cette compétition de Dames sera la première à être inscrite à ce calendrier, quoique c’est le Burundi qui a initié pour la première fois en Afrique, une compétition à étapes, exclusivement réservée aux dames. Il faut savoir qu’il y a eu des compétitions de Dames, mais cela s’est fait sur un seul jour, ou encore des compétitions de Dames qui étaient des appendices de compétitions de Messieurs. Or le Tour du Burundi est vraiment un Tour féminin, fait spécialement pour les Dames et pas du tout lié au Tour masculin du Burundi. Voilà les premiers résultats tangibles. Deuxièmement, nous avons pu obtenir que l’ensemble des 54  pays africains  envoient deux athlètes. À supposer que tous les pays répondent favorablement, il y aura alors 108 athlètes au camp de formation qui sera organisé au Rwanda, un mois avant le début des championnats du monde, et donc tous ces jeunes africains qui vont participer à ce camp de formation seront prêts, pour rivaliser d’adresse avec les autres jeunes venus du monde entier. Voilà les deux résultats principaux que nous avons obtenus depuis notre élection à la tête de la CAC. Bien sûr que nous avons discuté d’autres projets, en vue de faire avancer le cyclisme en Afrique, et toutes ces choses-là seront développées de façon progressive et je pense qu’au bout de quatre ans qui est la durée du mandat, lorsque nous ferons le point, j’espère que vous nous direz: Ah oui, vous avez travaillé, félicitations !

« Pour le développement du cyclisme en Afrique, Le Cameroun est un exemple »                                     Dr

Tout ce travail pour l’ensemble du cyclisme africain dans  sa globalité, sans oublier le travail à faire dans plusieurs pays pour essayer de les ramener dans le  grand bain des compétitions UCI. On sait que la Côte d’Ivoire où vous avez encore la casquette de Président de la Fédération n’est plus classée dans l’UCI Africa Tour, c’est le même problème pour le Burkina Faso, et même l’Égypte qui abrite le siège de l’institution CAC, n’a pas une course dans l’UCI Africa Tour. Les défis sont énormes ?

 

Nous avons pour ambition effectivement, de faire en sorte que de plus en plus de Tours  qui se font sur le continent puissent être inscrits au calendrier UCI, pour que les athlètes qui y participent puissent obtenir des points. Et en cela, il faut vraiment dire félicitations au Cameroun,  et ne l’ai dig plusieurs fois que le Cameroun est un exemple en Afrique dans la mesure où  vous avez deux compétitions inscrites au calendrier UCI. C’est beaucoup ! Et je l’ai dit à plusieurs reprises, le Cameroun est un bon exemple. Il y en a qui préfèrent avoir les compétitions de catégorie 2.1(lire 2 point 1), qui sont des compétitions à un niveau un peu plus élevé qui accueillent des cyclistes professionnels courant pour le Tour de France, c’est une façon de voir, comme le Tour du Rwanda, ou Amissa Bongo l’avait fait, mais pour moi, je suis pour qu’on multiplie les courses 2.2 qui vont permettre aux africains d’avoir de l’activité, des courses dans les jambes, et surtout d’être classés au niveau du ranking mondial. Est-ce qu’il faut faire venir des athlètes qui font le Tour de France, le Tour d’Espagne ou d’Italie en Afrique, la question reste posée. Mais pour moi, ce n’est pas ma philosophie. Je préfère voir de plus en plus de courses 2.2 se développer en Afrique.

 

Propos recueillis par David Eyengue.